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Après Abraham Lincoln, j'avais rendez-vous en fin de semaine dernière avec un autre illustre président des Etats-Unis : Franklin Delano Roosevelt, dont la passion naissante et contrariée avec sa cousine Daisy à l'aube de la Seconde Guerre mondiale est au coeur de ce Week-end royal.

Margaret Suckley, que tout le monde appelle Daisy, s'occupe seule de sa tante dans leur demeure située dans l'Etat de New-York. La vie est triste, monotone, et la pauvre Daisy dépérit un peu plus année après année. Un jour le téléphone sonne et on lui annonce que le président Roosevelt, son cousin au sixième degré qu'elle n'a pas vu depuis des années, souhaite qu'elle vienne passer l'après-midi à ses côtés. Pour Daisy, c'est le début d'un conte de fées. Pour le spectateur, c'est le début d'un long combat contre le sommeil. Ce n'est pas de la faute de Bill Murray, impérial d'un bout à l'autre du film, qui incarne un Franklin Roosevelt jamais caricaturé, jamais idéalisé mais profondément humain, dont toutes les facettes, bonnes comme mauvaises, sont dépeintes à l'écran : l'éternel grand enfant aux prises avec une mère protectrice et autoritaire qui le gronde dès qu'il envisage de boire une goutte d'alcool, l'homme fier qui assume parfaitement la maladie qui l'handicape mais qui ne montre jamais le moindre signe de faiblesse en public pour ne pas perdre la confiance de ses concitoyens et bien évidemment le grand séducteur qui exerce une attraction formidable sur les femmes de son entourage et qui aime multiplier les conquêtes. Non, Bill Murray est irréprochable et prouve encore une fois qu'il est l'un de nos plus grands acteurs contemporains.

Si ce n'est pas toi, Bill, c'est donc ton frère ? Ou plutôt ta partenaire ? Hé oui, le maillon faible du duo, et même de tout le film, c'est Laura Linney qui incarne une Margaret fadasse au possible, chiante comme la pluie. Qu'elle soit amoureuse, en proie en doute, emplie de colère ou dévastée par le chagrin, elle garde une seule et même expression faciale pendant tout le film. Ce jeu monolithique, associé à une réalisation plate, monotone et dépourvue de style, nuit à la performance lumineuse de Bill Murray mais aussi à celle globalement très bonne des autres acteurs, et bien entendu au plaisir que peut éprouver le spectateur qui sera plus interessé par sa montre que par l'écran de la salle de projection. Arrivé à la moitié du film, alors qu'on se demande si on ferait pas mieux de rentrer chez soi pour faire quelque chose de plus intéressant comme trier ses chaussettes, un miracle se produit ! Ou plutôt deux miracles : Samuel West et Olivia Colman, qui incarnent respectivement le roi George VI et son épouse la reine Elizabeth. 

Le premier est un jeune monarque bègue, manquant affreusement de confiance en lui, submergé par les responsabilités inhérentes à un poste qu'il n'a jamais désiré (son frère ainé a démissionné par amour pour une "rustre", lui laissant ainsi la couronne d'Angleterre) et venu quémander lors d'un week-end décisif (le fameux Week-end royal, hé oui !) l'aide des Américains dans le conflit qui l'opposera bientôt à l'Allemagne d'Hitler. Samuel West s'avère très touchant dans ce rôle et n'a pas à rougir de la comparaison avec l'oscarisé Colin Firth qui jouait le même personnage dans le récent Le Discours d'un roi. Quant à Olivia Colman, elle incarne à merveille une Elizabeth tiraillée entre son envie de s'ouvrir à ces hôtes d'un genre nouveau qui ne respectent ni les conventions ni les têtes couronnées et son désir de préserver l'image et le protocole de la monarchie britannique au point de presque faire une syncope quand elle apprend qu'elle devra manger un hot-dog lors d'un pique-nique avec le président. Les scènes d'intimité du couple royal sont toutes exquises, tantôt drôles tantôt émouvantes, et les deux acteurs sont finalement la plus belle attraction de ce Week-end royal qui aurait paru horriblement long sans leur intervention.

Au final, Week-end royal souffre du même syndrome que Lincoln mais en pire : c'est-à-dire que l'intrigue principale (la passion entre Roosevelt et Daisy) est mille fois moins intéressante que l'intrigue secondaire (le séjour du couple royal). Sans le talent de Bill Murray et le grain de folie apporté par ses collègues jouant George VI et Elizabeth, le film n'aurait eu aucun intérêt. Et même avec ce sauvetage in extremis, je ne suis pas sûr que Week-end royal mérite qu'on débourse une dizaine d'euros pour aller le voir en salles.

 

Verdict : 11/20

 


< Week-end royal (Titre original : Hyde Park on Hudson). Un film de Roger Michell. Avec Bill Murray, Laura Linney, Olivia Williams, Samuel West et Olivia Colman. Sortie française : le 27 février 2013.