django unchained

 

En 2009, Quentin Tarantino nous présentait Shosanna Dreyfus, le visage de la vengeance juive contre l'oppresseur nazi. En ce début d'année 2013, il nous offre Django, le visage de la vengeance noire contre les esclavagistes américains. Libéré par un chasseur de primes qui voit en lui le Siegfried de la célèbre légende germanique, l'ancien esclave va prendre les armes pour aller libérer son épouse captive. Le sang va couler, pour le meilleur et rien que pour le meilleur.

 A l'heure où vous lirez cette critique un peu tardive du dernier Tarantino, il est fort probable que vous ayez déjà vu Django Unchained au moins une fois. Si ce n'est pas le cas, ruez-vous immédiatement dans la salle de ciné la plus proche et embarquez pour une épopée sanglante et inoubliable. Oui, tant pis pour le suspens, Django Unchained est un vrai chef-d'oeuvre, une incroyable source de jouissance cinéphilique, le genre de péloche qui vous file une banane pas possible pendant les 165 minutes de projection et même encore longtemps après. Voilà, je pense avoir dit l'essentiel et vous avoir suffisamment convaincus d'aller payer votre ticket, on peut se quitter (provisoirement) là-dessus, rester bons amis et retourner à nos occupations respectives. Quoi ?! Je suis gonflé ? Fainéant ? Ce beau petit argumentaire ne vous suffit pas ? Bon, très bien, je vais faire l'effort de vous mettre quelques paragraphes de plus mais c'est bien parce que c'est vous. Et ne venez pas vous plaindre si vous les trouvez chiants !

 Puisqu'il faut meubler, parlons un peu des acteurs parce que franchement, il y a beaucoup à dire à ce sujet tant le père Tarantino s'est montré généreux avec ses spectateurs : Jamie Foxx, Christoph Waltz (l'inoubliable colonel Landa d'Inglourious Basterds), Leonardo DiCaprio, Samuel L. Jackson, Don Johnson (l'éternel Sonny Crockett de la série Deux flics à Miami), Jonah Hill (l'une des stars montantes de la comédie américaine), Tom Savini, Lee Horsley (le héros de Matt Houston), et tout un lot de gueules bien connues des cinéphiles avertis. Ce casting, c'est un peu Noël avant l'heure (ou après, comme vous voulez) et le vieux barbu est tellement gentil qu'il y a aussi ajouté Franco Nero (le Django original) et Quentin Tarantino lui-même, venu jouer les guests dans son propre film. Evidemment, en spectateurs aguerris que vous êtes, vous restez méfiants. On ne vous la fait pas à vous, dans tous les castings aussi classes que celui-ci, on trouve toujours deux ou trois acteurs qui n'en foutent pas une et qui sont juste passés prendre leur chèque. Hé bien messieurs-dames, remballez votre scepticisme parce que dans ce film-là, tous les acteurs sont au top !

De Jamie Foxx, charismatique à mort en esclave revanchard reconverti en as de la gâchette, à Leonardo DiCaprio, qui semble prendre son pied en jouant une enflure comme on en fait plus, en passant par Samuel L. Jackson, absolument jubilatoire dans son rôle de vieux cafard sadique et méprisable qu'on aimerait écraser d'un bon coup de semelle, tous les comédiens semblent donner le meilleur d'eux-mêmes et prendre autant de plaisir devant la caméra que nous devant notre écran. On pourra citer aussi ce bon vieux Don Johnson, juste hilarant dans une séquence totalement loufoque qui met en scène le Klu Klux Klan, mais celui qui sort véritablement du lot, c'est Christoph Waltz. En incarnant le Dr. King Schültz, personnage à mille lieux de la fouine sadique qu'il jouait dans Inglourious Basterds (et qui lui avait valu un Oscar du meilleur second rôle), Waltz nous offre un héros atypique et inoubliable, un redoutable chasseur de primes aux allures de dandy anglais, un poète guidé par ses convictions et ses principes dans un monde dominé par des fous sanguinaires, un homme d'honneur qui sera pour Django ce qu'Obi-Wan Kenobi a été pour Luke Skywalker. Christophe Waltz mérite amplement sa nouvelle nomination à l'Oscar du meilleur second rôle et ce ne serait que justice de le voir rafler la statuette pour la deuxième fois.

 Mis à part ce long éloge sur la performance du casting, qu'est-ce que je peux vous dire d'autre pour vous convaincre définitivement que ce film est juste de l'or en barre ? Je peux tout d'abord vous dire que la réalisation de Quentin Tarantino est au poil et qu'il a corrigé les quelques défauts qui subsistaient encore dans ces derniers longs-métrages : le rythme du film est superbement maîtrisé (vous ne sentirez pas passer les 2h45), les longues scènes de dialogues sont largement mieux gérées que ce qu'on avait pu voir parfois dans Inglourious Basterds et Boulevard de la mort et s'avèrent aussi tendues que les séquences de gunfights (même si je la conseille pour tous les films, la V.O. est ici obligatoire pour profiter du talent de dialoguiste du sieur Tarantino), et les nombreuses références cinématographiques disséminées par le réalisateur ne sont plus un frein pour celui qui ne les connait pas et se glissent parfaitement dans le récit là où Boulevard de la mort, encore lui, nous les collait méchamment sous le nez sans qu'on sache pourquoi. 

Je peux aussi vous parler de la musique qui, comme dans presque tous les films de ce fou furieux de Quentin, fait cohabiter des titres originaux et des morceaux déjà plus ou moins connus : qu'elle mêle la soul endiablée de James Brown au gros son de RZA et Rick Ross, qu'elle dépoussière de vieilles compositions d'Ennio Morricone et de Jerry Goldsmith ou qu'elle convoque les spectres de Beethoven et Johnny Cash, cette bande-son audacieuse (vous aviez déjà imaginé entendre du Tupac dans un western ?) est un pur régal qui met aussi bien en valeur les nombreux déferlements de violence du film que les rares moments de quiétude.

Et pour profiter d'une belle transition, je peux enfin vous parler de la violence générale qui règne dans ce film qui mérite amplement son interdiction aux moins de 12 ans : on est en terrain connu, c'est du Tarantino, et le réalisateur nous gâte encore plus qu'à l'accoutumée avec des scènes d'action et de combats qui tâchent copieusement et laissent de la barbaque collée partout sur les murs. Pourtant, si cette violence est souvent aussi jubilatoire que ce qu'on peut voir dans les scènes les plus mémorables de la première partie de Kill Bill, elle sert parfois (et c'est une première pour Quentin, je crois) à rendre encore plus marquants des instants graves, que ce soient d'horribles tortures infligées aux différents esclaves croisés dans le film (dont Django) ou de dramatiques mises à mort parfois à la limite du soutenable ; loin de verser dans la violence gratuite dans ces moments-là (le reste du temps, il se fait plaisir), Tarantino nous rappelle tout simplement que son film se déroule pendant l'une des périodes les plus écoeurantes de l'histoire de son pays.

 Je vais donc conclure cette critique dithyrambique de Django Unchained en soulignant quand même que le film contient deux ou trois petits anachronismes... Mais en fait, on s'en fiche pas mal parce qu'ils passent inaperçus et qu'ils n'empêchent pas la dernière cuvée de Quentin Tarantino d'être ce qui ce fait de mieux au cinéma en ce début d'année. Et franchement, à part de rares challengers comme le futur Man of steel de Zack Snyder, j'ai du mal à voir quel film pourra voler la vedette au cours de ces prochains mois en France (il est sorti en décembre dernier aux USA) à ce Django Unchained qui est la preuve la plus probante qu'on peut faire du cinéma à la fois populaire, exigeant et de qualité. C'est déjà un grand classique, tout simplement.

 

Verdict : 19/20

 


< Django Unchained. Un film de Quentin Tarantino avec Jamie Foxx, Christoph Waltz, Leonardo DiCaprio, Kerry Washington, Samuel L. Jackson, Walton Goggins et Don Johnson. Sortie française : le 16 janvier 2013.