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Les temps sont durs pour les stars de l'action qui ont bercé notre enfance (ou nos jeunes années d'adulte, je pense aussi à la tranche d'âge la moins fraîche de mon public) : Arnold a raté son come-back avec son pourtant très recommandable Dernier Rempart, Bruce prostitue le personnage qui lui a permis de connaitre la gloire dans des navets odieux et Jean-Claude n'arrive pas à s'extirper du marasme des direct-to-video à la qualité plus que variable dans lequel il s'est enfoncé depuis une grosse décennie. Et en ce début d'année 2013, c'est au tour du grand Sly de se manger un vilain gadin au box-office avec son dernier opus en date, Du Plomb dans la Tête. Flop injuste ou bide mérité ?

 

Pendant près de quinze ans, Sylvester Stallone, qui fut l'une des plus grandes stars des années 80 et 90 et qui restera à jamais l'éternel interprète de Rocky Balboa, a connu une période de vaches maigres comme peu d'artistes en ont connues avant lui. Complètement tricard à Hollywood, Sly avait même fini par atterrir dans une émission de télé-réalité intitulée The Contender (sorte de Star Academy pour apprentis boxeurs), naufrage télévisuel duquel ses fans les plus indulgents ne le voyaient pas se relever. Mais il faut croire que les miracles existent puisqu'à l'instar de son alter-ego des rings, Stallone s'est relevé et a  écrit et réalisé coup sur coup deux long-métrages qui lui ont permis de retrouver le succès public, l'estime de la critique et de conclure en beauté les sagas de ses deux personnages fétiches : Rocky Balboa en 2006 et John Rambo en 2008. Profitant de ce retour en grâce inespéré, Sly en a même profité pour lancer une toute nouvelle franchise avec ses potes de toujours (Arnold et Bruce) et ses collègues moins chanceux (Dolph Lundgren, Chuck Norris et Jean-Claude Van Damme), The Expendables, dont les deux premiers épisodes ont été de gros cartons au box-office. Le vent en poupe et des projets dans la tête, Stallone n'imaginait sûrement pas que son film suivant allait se planter.

Plus qu'un nouveau film de Sly, Du Plomb dans la Tête est surtout l'occasion de retrouver Walter Hill au cinéma, plus de dix ans après son dernier film, Un Seul Deviendra Invincible. L'illustre scénariste des trois premiers opus de la saga Alien et metteur en scène du cultissime 48 Heures et de grands classiques comme Sans Retour, Les Guerriers de la Nuit et Les Rues de feu avait en effet délaissé le grand écran pour le petit, travaillant notamment sur la série Broken Trail. Sa collaboration avec Stallone n'a rien de surprenant tant les deux hommes partagent le même amour et le même respect pour le divertissement populaire de qualité et on ne peut que regretter que les deux hommes aient attendu si longtemps pour mettre leurs talents en commun (alors que Hill avait dirigé avec succès Schwarzy dans Double Détente et Bruce Willis dans Dernier Recours) car le résultat aurait sûrement été de meilleure qualité si le film avait été tourné une ou deux décennies plus tôt. N'allez pas croire que le film est mauvais, bien au contraire, mais quelques petits défauts l'empêchent d'atteindre l'excellence.

L'intrigue, pour commencer, est cousue de fil blanc. On pourra me rétorquer, à juste titre, que les films d'action en général et même leurs plus grands représentants se distinguent rarement par leur scénario mais celui de Du Plomb dans la Tête est malheureusement trop classique et on voit les différentes étapes de l'intrigue arriver à des kilomètres : en gros, le bad boy Jimmy Bobo (Stallone) et le flic Taylor Kwon (Sung Kang) remontent la chaine du crime organisé de la Nouvelle-Orléans, du menu fretin jusqu'aux gros poissons, afin de trouver les commanditaires de plusieurs assassinats (dont celui du partenaire de Sly) et chaque petit gangster qu'ils interrogent et/ou éliminent les mènent à un voyou un peu plus important. Et comme pour marquer encore plus l'aspect téléphoné des rebondissements, Kwon parvient à résoudre toutes les énigmes qui se présentent à lui grâce à son smartphone (je précise que ce jeu de mots pourri a été longuement mûri !). Cette astuce scénaristique amuse au début mais lasse au fur et à mesure de ses innombrables répétitions. Pour ce qui est des autres légers reproches qu'on peut faire au film, on peut déplorer le manque de charisme de l'acteur Sung Kwan (déjà vu dans Fast and Furious 5 et bientôt dans... Fast and Furious 6), regretter le côté édulcoré du film (la production a mis la pédale douce sur la violence, dommage) et pester contre un final un peu trop vite expédié. Bon je chipote car ça n'enlève rien, ou si peu, au plaisir procuré par ce film.

Du Plomb dans la tête est un film clairement destiné aux amateurs de bons vieux films d'action des années 80 et 90, voire carrément un film d'action tourné à cette époque et qu'on diffuserait seulement de nos jours. Et je ne dis pas ça seulement parce qu'il est produit par Joel Silver (Commando, L'Arme Fatale, Predator, Piège de cristal, Matrix...) ! Beaucoup des ingrédients qui faisaient le succès des péloches de l'époque sont réunis ici : le fameux duo de personnages radicalement opposés mais obligés de collaborer (après tout Walter Hill est le papa du buddy movie), le tueur à gages animé par un code d'honneur qui le pousse à protéger la veuve et l'orphelin, les bastons bien viriles à la fois dynamiques et lisibles (on est pas chez Jason Bourne), les répliques qui font mouche entre deux coups de feu ou deux coups de poing, sans oublier le final explosif pour sauver la demoiselle en détresse (et très sexy) ! Ajoutez à cela le plaisir de revoir quelques têtes familières trop rares sur grand écran (ce bon vieux Christian Slater) et un duel à la hache (à la hache !!!) entre Sylvester Stallone et Jason Momoa (Khal Drogo dans Game of Thrones) qui filera une banane pas possible aux amateurs de castagne à l'ancienne. Quant à Sly justement, il fait une fois de plus son job avec une conviction et un plaisir communicatifs et montre qu'à bientôt 67 ans il a toujours une pêche d'enfer, notamment lors d'une scène aux bains douches où l'on pourra admirer à loisir sa musculature toujours aussi impressionnante. Petit bémol quand même pour le doubleur français de Stallone, le fidèle Alain Dorval, qui a malheureusement de plus en plus tendance à en faire des tonnes au fil des années. Dommage qu'on ne propose pas ce genre de productions en version originale dans les multiplexes.

En résumé, malgré ses quelques défauts, Du Plomb dans la Tête ne mérite pas l'accueil glacial qui lui a été réservé, tant par la presse que par le public. Ayant pour seule prétention d'offrir à leurs spectateurs un spectacle convoquant les plus belles heures du cinéma d'action à l'ancienne, Walter Hill et Sylvester Stallone remportent leur pari et livrent un divertissement qui ravira les amateurs du genre. Le remède idéal au médiocre Die Hard 5 !

 

Verdict : 15/20

 

< Du Plomb dans la Tête (Titre original : Bullet to the Head). Un film de Walter Hill avec Sylvester Stallone, Sung Kang, Sarah Shahi, Jason Momoa et Christian Slater. Sortie française : le 27 février 2013.

 

L'anecdote inutile donc indispensable : Thomas Jane, connu pour avoir incarné le Punisher en 2004, devait à l'origine tenir le rôle de l'inspecteur qui s'allie à Jimmy Bobo dans sa quête de vengeance. Mais le producteur Joel Silver, sous prétexte d'attirer un plus large public et de cibler la communauté asiatique, a finalement choisi de donner le rôle au jeune Sung Kang. Furieux de ce qu'il considère alors comme une mise à l'écart raciste, Thomas Jane étale sa colère sur le net et s'en prend même directement à Stallone, qui ne l'aurait pas assez soutenu selon lui, en déclarant qu'il n'a pas été engagé parce qu'il a un pénis plus imposant que celui de l'interprète de Rocky..