warm bodies

Depuis une bonne dizaine d'années environ et la sortie de l'excellent 28 jours plus tard de Danny Boyle, le zombie est redevenu une valeur sûre. Disparu des écrans radars dans les années 90 après avoir été popularisé deux décennies plus tôt par les chefs-d'oeuvres de George A. Romero, le mort-vivant est désormais partout ! Que ce soit au cinéma, à la télévision ou même dans les jeux vidéo, on ne compte plus les projets mettant en scène des zombies pour le meilleur mais bien souvent pour le pire, au point que le (télé)spectateur-joueur est aujourd'hui au bord de l'indigestion. C'est donc avec beaucoup d'appréhension que l'on accueille le dernier-né du genre, Warm Bodies, qui ferait mieux d'avoir de sérieux arguments à proposer s'il veut sortir du lot...

En amour comme en cinéphilie, faire une première bonne impression est toujours primordial (pour plus de conseils en matière de séduction, n'hésitez pas à me contacter en privé). Et malheureusement, la première impression qu'on ressent au tout début de Warm Bodies, c'est qu'on va bien se faire ch... Euh... C'est que les 97 minutes qui vont suivre vont paraître bien longues ! Sincèrement, ce n'est pas du cassage bête, méchant et gratuit, le premier quart d'heure du film est vraiment d'une pénibilité incroyable. Le responsable de ce début plus que laborieux, c'est le personnage principal du film, le zombie dénommé R (il ne se souvient plus du prénom qu'il portait dans son ancienne vie mais se souvient juste que ça commençait par un "R"). En plus d'être pâle, de marcher aussi vite qu'un octogénaire, de baver (comme un octogénaire ?) et de manger des cervelles, il a la particularité étonnante, et a priori unique, d'être conscient de ses actes, d'avoir un regard critique sur sa récente condition de mort-vivant, sur son mode de vie et celui de ses congénères, etc. Bref, il ne lui manque que la parole, ou presque, puisqu'il arrive à articuler quelques mots et peut de toute façon nous faire part de tous ses états d'âme par le biais d'une voix off qui tape très vite sur le système. Et comme la voix de R est la seule que l'on entend pendant la très longue séquence d'intro, durant laquelle il déambule avec ses congénères dans le vieil aéroport abandonné (le repaire des zombies), la tentation est grande de quitter la salle précipitamment !

Pour ceux qui auront survécu à cette épreuve, le reste du long-métrage est un poil plus supportable mais n'arrive jamais vraiment à convaincre tant le réalisateur Jonathan Levine (pourtant auteur des très respectables 50/50 et All The Boys Love Mandy Lane) enchaîne les bourdes en nous offrant des idées alléchantes sur le papier mais dont la mise en pratique à l'écran est totalement ratée. Par exemple, lorsqu'il déguste la cervelle d'une de ses victimes, R est capable de s'approprier les souvenirs de celle-ci. Brillant, non ? Absolument ! Mais le problème c'est que ça ne sert en rien le récit, ça n'impacte pas sur le déroulement des évènements ni sur la love story naissante entre le jeune zombie et la jolie Julie, son otage, dont il est tombé carrément amoureux. D'ailleurs, cette romance qui sert d'intrigue principale au film, est elle aussi une potentielle bonne idée, certes pas très originale, mais totalement gâchée au final. Sorte de mix raté entre La Belle et la Bête et Twilight, l'amour naissant de R pour Julie (et de Julie pour R) est écrit et mis en scène de façon très niaise, enrobé d'une tonne de guimauve et son issue est absolument prévisible dès le départ, et ce malgré un twist narratif intéressant (que je ne vous dévoilerai pas ici, bien que j'en ai très envie) qui aurait pu le remettre en cause, mais encore une fois cette bonne idée est tellement mal exploitée qu'elle n'a absolument aucun impact sur le film. 

Warm Bodies ne serait donc qu'une romance ennuyeuse et un enchaînement d'idées gâchées ? Non, ce n'est pas que ça. Warm Bodies c'est aussi des décors d'une pauvreté affligeante (on a souvent l'impression d'être devant un téléfilm de la TNT), des effets numériques d'une autre époque (en voyant les créatures appelées "les Osseux" vous aurez sûrement une petite pensée larmoyante pour votre bonne vieille Nintendo 64), des acteurs totalement à côté de la plaque (John Malkovich est sans doute venu payer ses impôts), des dialogues et des rebondissements dignes des bonnes vieilles productions AB1 qu'on s'infligeait lors de nos jeunes années et encore plein d'autres joyeusetés que je vous laisse le soin  de découvrir, ou pas. Comme je ne voudrais pas être de mauvaise foi, je dois quand même admettre qu'il y a bien quelques bonnes choses dans ce film : le duo d'acteurs principaux est plutôt charismatique, l'un des seconds rôles (un zombie ayant fait ami-ami avec R) se révèle même très attachant, et la séquence d'action finale, bien que bancale, offre des moments sympathiques, mais ces quelques bons points décernés à Warm Bodies sont loin d'être suffisants pour en faire un long-métrage recommandable.

En conclusion, si vous êtes amateurs de films de zombies et autres aventures sanguignolantes mettant en scène vos bouffeurs de cervelles préférés, pas la peine de se jetter comme un mort de faim sur ce Warm Bodies qui ne mérite pas de sortir du lot tant il fait peine à voir en comparaison des nombreuses très bonnes oeuvres du même genre. Même celles (ou ceux) qui ne seraient intéressées que par le côté romantique de la chose risquent fort de se prendre une sacrée douche froide s'ils prenaient quand même le risque d'aller voir le film.

 

Verdict : 8/20

 


< Warm Bodies. Un film de Jonathan Levine avec Nicholas Hoult, Teresa Palmer, Dave Franco, Rob Corddry et John Malkovich. Sortie française : le 20 mars 2013.