iron man 3

 

Lente, lente, lente dépression pour Tony Stark... Depuis les évènements qui se sont déroulés dans Avengers, le charismatique milliardaire est régulièrement victime de sévères crises d'angoisse et passe des nuits blanches dans son atelier à customiser ses armures fétiches et à bricoler de nouveaux jouets. Sa relation avec Pepper Potts n'est pas non plus au beau fixe et la belle se sent de plus en plus délaissée. C'est dans ce contexte assez chaotique que Tony va devoir affronter un nouvel ennemi impitoyable qui se fait appeler le Mandarin, ainsi que quelques fantômes du passé venus lui jouer de sales tours.

 

Après un premier épisode renversant qui avait remporté tous les suffrages et un deuxième volet franchement décevant qui n'avait absolument pas comblé les attentes des fans, cet Iron Man 3 était attendu au tournant par tous ceux qui espéraient un nouvel élan pour la saga ou par ceux qui redoutaient une sortie de route définitive pour les aventures cinématographiques de l'homme de fer le plus célèbre de l'univers des comics. Jon Favreau, le réalisateur des deux premiers volets, qui n'a sincèrement jamais vraiment fait l'unanimité (surtout sur Iron Man 2), n'a pas rempilé pour ce troisième opus mais n'a pas abandonné la saga pour autant puisqu'il est resté producteur exécutif et qu'il a une nouvelle fois endossé le rôle d'Happy Hogan (garde du corps et chauffeur de Tony Stark) pour le meilleur ou pour le pire, nous en reparlerons plus tard. Pour lui succéder, Marvel Studios a jeté son dévolu sur Shane Black. Personnellement, à l'époque où cette information a été révélée dans la presse, j'étais vraiment très heureux et très optimiste car j'adore vraiment Shane Black qui a écrit, il y a bien longtemps, le scénario de trois de mes films de chevet : L'Arme Fatale, Le Dernier Samaritain et Last Action Hero. Il a également écrit et réalisé en 2005 le très bon Kiss Kiss Bang Bang, qui a permis à Robert Downey Jr. de retrouver le haut de l'affiche après des années de galère, et on attendait donc beaucoup de cette nouvelle association entre Shane Black et l'acteur-phare de la franchise Iron Man... Trop peut-être ? 

Dans les différentes bandes-annonces qui ont précédé la sortie du film, il soufflait comme un air de The Dark Knight Rises. On semblait nous promettre du désespoir et de la désolation ainsi qu'un Tony Stark sacrément chamboulé, avec toujours bien évidemment une bonne pincée d'humour. Et avec Shane Black aux commandes, il y avait vraiment un bon espoir pour que ces promesses soient tenues ! Rappelez-vous de la noirceur du premier volet de L'Arme Fatale ! Pourtant, à l'issue des 140 minutes de la projection, bon nombre d'entre vous se sentiront légitimement floués, victimes du même genre de gueule de bois qu'on se paye lors du réveil brutal qui suit souvent un scrutin politique euphorique. Loin de moi l'idée de comparer Shane Black à un politicien véreux mais il faut avouer quand même qu'il y a une grosse différence entre le programme qu'il a vendu aux spectateurs lors de la promo et le résultat final auquel on assiste à l'écran et qui rend cet Iron Man 3 certes bien meilleur que son prédécesseur (c'était pas difficile en même temps) mais d'une qualité bien en deçà de celle du premier volet sorti en 2008 ! Alors, qu'est-ce qui cloche précisément ?

L'un des problèmes majeurs, c'est l'intrigue qui cherche à joueur sur trois tableaux à la fois : le thriller, la comédie pure et l'action décomplexée. Le problème, c'est que l'équilibre parfait n'est jamais atteint et le film ne sait pas  vraiment sur quel pied danser. En grand spécialiste du genre, Shane Black a tendance à privilégier la partie thriller de son film et utilise tous les ingrédients qu'on retrouve habituellement dans le genre : une enquête compliquée, des scènes de flash-back qui permettent d'éclairer le spectateur, et le personnage principal qui s'exprime en voix-off. Malheureusement, la recette sent ici le réchauffé et Black semble se contenter de nous servir tous les poncifs du genre sans jamais chercher à les transcender pour améliorer la qualité de son film. L'enquête de Tony Stark se résume à utiliser des gadgets beaucoup trop perfectionnés pour être vraisemblables et à chiper un dossier top-secret dans un bar de rednecks pour tout bonnement découvrir des infos que le spectateur connait déjà depuis un bon quart d'heure. Quant à la voix-off de Robert Downey Jr, si elle trouve sa justification dans une scène post-générique bien sympathique mais totalement vaine, elle n'en finit pas moins par être agaçante tant elle se résume la plupart du temps à paraphraser l'action qui se déroule en même temps sous nos yeux à l'écran. Seule la scène inaugurale se déroulant en 1999 sort du lot et, si elle n'est pas forcément aussi drôle que le réalisateur l'aurait voulue, elle a le mérite de parfaitement poser les enjeux, de présenter deux nouveaux personnages que l'on retrouvera plus tard, de nous offrir de très brèves retrouvailles avec l'un des personnages les plus attachants du premier Iron Man, et d'ouvrir tout simplement le film de manière très classe.

Côté comédie, le constat est encore plus mitigé. Si on sent la patte un peu fatiguée du scénariste du Dernier Samaritain et de L'Arme Fatale dans l'ironie encore plus mordante de certaines répliques de Tony Stark, on reste malheureusement dans l'ensemble encore enlisé dans l'humour assez lourdaud d'Iron Man 2. Le premier quart du film peut d'ailleurs se révéler assez embarrassant à cause d'un Jon Favreau d'une indigence extrême. De retour dans la peau d'Happy Hogan, promu chef de la sécurité de Stark Industries, le réalisateur des deux premiers volets de la saga cabotine à mort et se retrouve au centre d'une succession de gags ratés dont on est soulagé de sortir pour de bon une fois que Happy est victime d'un "incident" qui lancera pour de bon l'intrigue du film. On a du mal à croire que Shane Black soit réellement responsable de cette première partie à l'humour douteux, est-ce Marvel Studios ou Disney qui a insisté pour que ces scènes apparemment destinées à un très jeune public figurent dans le film ? Ou carrément Jon Favreau lui-même, resté producteur exécutif, qui voulait que son personnage garde une grande importance dans le film et ne soit pas totalement oublié des spectateurs ? On ne le saura sans doute jamais et de toute façon ça ne changera rien au résultat final. Mais tout n'est quand même pas noir humoristiquement parlant puisqu'on notera toujours de sympathiques intéractions entre Tony Stark et son ami le lieutenant-colonel Rhodes, une très amusante complicité entre Stark et un gamin débrouillard qui jouera un rôle essentiel dans le retour en grâce d'Iron Man, ainsi que d'inattendues révélations au sujet d'un des méchants principaux du film qui, si elles feront sûrement hurler de rage les lecteurs les plus puristes des comics, s'avèreront assez hilarantes pour le reste du public plus néophyte.

Pour ce qui est de l'action, le bât blesse sévèrement. Alors on est évidemment plus au niveau anémique d'Iron Man 2 qui se foutait clairement de nous de ce côté là et les scènes d'action sont même plus nombreuses que dans le premier volet, mais on reste quand même pas mal sur notre faim. En dehors de la très réussie séquence qui voit la villa de Tony partir en fumée et d'un final un brin brouillon mais très fun et dynamique (bien que beaucoup trop dévoilé dans les diverses bandes-annonces), le film n'est pas assez épique et ce ne sont pas les quelques combats au corps-à-corps avec de nouveaux adversaires humains dotés d'étonnantes capacités de régénération qui vous donneront la dose d'adrénaline qu'on est en droit d'attendre d'un film de super-héros. Par ailleurs, le super-héros en question, Iron Man, ne se montre pas beaucoup puisque Tony Stark se balade 90% du temps sans armure sur le dos (même Batman est plus présent dans The Dark Knight Rises, c'est dire...) et même s'il en change souvent dans la dernière séquence du film ou que certaines de ses armures ont la capacité de se mouvoir seules, les enfants (et pas qu'eux évidemment) seront certainements déçus par cette étonnante restriction. Au final, seul un superbe sauvetage aérien à l'issue incertaine jusqu'au bout réussira à vous coller d'agréables frissons mais il est dommage de constater que ce beau morceau de bravoure n'est finalement pas vraiment relié à l'intrigue principale du film. 

Un point sur le casting avant de conclure. Robert Downey Jr. assure toujours le show, c'est indéniable mais il m'a semblé un peu plus agaçant qu'à l'accoutumée. L'acteur a beau être génial, il en fait quand même des caisses dans ce troisième volet et, alors qu'on l'attendait dans un registre un peu plus dramatique pour coller à la thématique plus sombre que nous promettait la promo du film, ses crises d'angoisse et de stress semblent surjouées, peu crédibles et tombent comme un cheveu sur la soupe sans jamais vraiment servir l'intrigue. Je n'aurais jamais imaginé dire ça un jour mais il serait finalement peut-être temps qu'un autre acteur remplace Robert Downey Jr. dans la peau de Tony Stark et sous l'armure d'Iron Man. D'ailleurs, si le générique nous promet que "Tony Stark will return", l'acteur, lui, n'a pas l'air vraiment emballé par un retour dans un éventuel quatrième volet. Vraie lassitude ou petit chantage pour encaisser un plus gros chèque ? Nous le saurons sans aucun doute dans les prochains mois. A ses côtés, Gwyneth Paltrow se sent pousser des ailes à mesure que Pepper Potts prend de plus en plus d'ampleur dans l'intrigue et étonnera sans doute beaucoup de monde lors de la séquence finale. Du côté des méchants, Guy Pearce a plutôt la classe et Ben Kingsley, bien que peu ressemblant au personnage original, se sert du Mandarin pour nous démontrer une nouvelle fois toute l'étendue de son talent. Au rayon des déceptions, on pourra tiquer légèrement sur le jeu un peu fade de Don Cheadle mais le peu d'ampleur de son rôle ne peut pas vraiment lui permettre de briller. Même constat pour la belle et talentueuse Rebecca Hall qui n'a pas eu de chance puisqu'elle est quasiment inexistante. Son personnage aurait tout aussi bien pu être supprimé du film la veille de la sortie en salles qu'on ne l'aurait même pas remarqué. Enfin, l'habituel petit caméo de Stan Lee est cette fois encore plus furtif que d'habitude et beaucoup moins amusant que ses précédentes prestations dans les autres films estampillés Marvel.

Constat assez mitigé pour cet Iron Man 3 qui ne tient finalement pas les promesses qu'il nous avait faites lors de ces derniers mois où la promo battait son plein. On assiste évidemment à un divertissement agréable, sympathique, plutôt dynamique et drôle, et il serait dommage de ne pas visionner le film au moins une fois. Mais ceux qui attendaient un film plus mature, plus tragique, plus désespéré, plus noir et une fin de trilogie absolument épique en seront pour leurs frais. Pire encore, si le deuxième volet avait pu apparaître à l'époque comme une sortie de route accidentelle, on se rend finalement compte que la saga Iron Man, dans sa forme actuelle, s'essouffle et qu'il est plus que temps de procéder à de gros changements au niveau de la production et surtout à un renouvellement du casting. Les dernières minutes d'Iron Man 3 semblent d'ailleurs aller dans ce sens puisque Tony Stark lui-même nous annonce la fin d'un cycle, la fin d'une époque. Espérons que ce ne soit pas qu'un artifice narratif sans conséquence et que le prochain volet des aventures de l'homme de fer saura faire souffler le vent de fraîcheur dont on a tant besoin.

 

Verdict : 12/20

 

< Iron Man 3. Un film de Shane Black avec Robert Downey Jr, Gwyneth Paltrow, Ben Kinglsey, Guy Pearce, Don Cheadle, Rebecca Hall, James Badge Dale et Jon Favreau. Sortie française : le 24 avril 2013.