51affa40f2b78

 

1978 : Superman, réalisé par Richard Donner, émerveille des millions de spectateurs à travers le globe, amasse des tonnes de billets verts et révèle Christopher Reeve dans le rôle qui lui collera à la peau pour l'éternité. Considéré encore aujourd'hui à raison comme l'un des meilleurs films consacrés à un super-héros, Superman est malheureusement suivi par trois séquelles opportunistes vraiment très dispensables dont un quatrième épisode, sorti en 1987, tellement mauvais qu'il enterre la saga pendant presque deux décennies. 2006 : La Warner tente de surfer sur le succès de son récent Batman Begins et s'attache les services de Bryan Singer pour ressusciter dans la foulée le fils de Krypton sur grand écran. Malheureusement, Superman Returns est un échec publique et critique plutôt mérité qui oblige le jeune Brandon Routh à raccrocher la cape plus vite que prévu. 2013 : 35 ans après son dernier vrai succès au cinéma, Superman tente un nouveau come-back avec l'aide de Zack Snyder derrière la caméra et de Christopher Nolan dans les coulisses. Man of Steel, le retour réussi du plus ancien des super-héros ? La réponse dans les lignes qui suivent.

 

Vous connaissez par coeur les origines de Superman ? Le film est fait pour vous ! Vous n'avez jamais entendu parler de l'homme d'acier ? Le film est fait pour vous aussi ! Le script de David S. Goyer, basé sur une histoire écrite en collaboration avec Christopher Nolan, a en effet la bonne idée de ne pas trop s'attarder sur les origines de son héros, préférant distiller les évènements les plus  importants de son enfance et de sa jeunesse lors de quelques flash-backs assez judicieusement placés dans le premier tiers du film, un peu à la manière de ce que les deux hommes nous avaient proposé à l'époque dans Batman Begins. Evidemment, on nous (ré)apprend quand même l'essentiel : l'arrivée sur Terre, le quotidien dans la famille Kent, l'adolescence difficile d'un ado à la force surhumaine obligé de cacher ses pouvoirs, la découverte de ses origines extra-terrestres, etc. Réussies et souvent émouvantes, ses séquences sont portées par l'interprétation d'un Kevin Costner et d'une Diane Lane plus vrais que nature, impeccables dans les rôles de Jonathan et Martha Kent (même si le sort réservé au premier reste le plus gros reproche qu'on peut adresser au film). Si les origines sont très rapidement évoquées, le film s'attarde quand même un peu plus longuement sur la naissance du petit Kal-El (le vrai nom de Superman) lors d'un prologue spectaculaire et riche en émotions. L'occasion de nous présenter une nouvelle vision de la planète Krypton, cousine éloignée de la Pandora d'Avatar (les couleurs pétantes en moins) proche de l'extinction et théâtre de tensions internes qui permettent au spectateur de faire la connaissance du général Zod, futur adversaire de Superman dans ce long-métrage, et surtout de Jor-El, le père du héros joué par un Russell Crowe qui traverse tout le film avec une classe que n'aurait pas reniée ce bon vieux Georges Abitbol. Reprenant le rôle tenu par Marlon Brando dans le long-métrage de 1978, Russell ne tombe pas dans le piège du mimétisme cheap et nous offre une variante franchement épatante qui lui permet de laisser éclater tout le talent qu'on lui connaissait déjà et de livrer l'une des plus belles prestations de sa carrière.

Mais la vraie star du film, c'est Henry Cavill. L'acteur, légitimement attendu au tournant, se montre largement à la hauteur du lourd enjeu qui pèse sur ses épaules et parvient sans peine à faire oublier Brandon Routh et à composer un Superman plus impressionnant que Christopher Reeve même si ce dernier restera un inoubliable Clark Kent. S'il s'avère très bon dans les séquences où l'émotion et la tension dramatiquent priment, notamment dans la partie du film où Clark/Kal part en quête de ses origines et du sens qu'il doit donner à sa vie, Cavill se démarque surtout dans les très nombreuses scènes où on lui demande de jouer des muscles... Et ces parties-là sont nombreuses ! En effet, avec Zack Snyder derrière la caméra, il fallait s'attendre à du lourd côté action et le bougre nous gâte royalement. Jamais un film consacré à Superman n'avait aussi bien rendu justice aux capacités physiques hors-normes du fils de Krypton ! Et lorsque le héros doit affronter des êtres venus de sa planète, et donc fatalement dotés des mêmes pouvoirs, cela donne une série de combats véritablement titanesques qui n'ont plus rien de comparables avec les chorégraphies câblées qui opposaient les mêmes protagonistes dans le Superman II de 1980 : avions de chasse réduits en miettes, buildings qui s'effondrent par dizaines, explosions gigantesques à gogo... Le dernier tiers de Man of Steel est une vraie orgie pyrotechnique ! Michael Bay est battu à plate couture sur son terrain de jeu favori. Mais contrairement au papa de la saga Transformers, Zack Snyder ne nous offre que des séquences d'actions très lisibles et ce malgré le rythme endiablé des affrontements et la profusion d'éléments à l'écran. Côté action toujours, on remarquera que Snyder a mis la pédale douce sur les fameux ralentis qui le caractérisent tant depuis 300 pour le plus grand bonheur de ses détracteurs qui n'ont pas du voir Watchmen pour croire que films de super-héros et ralentis stylisés sont forcément voués à ne pas faire bon ménage. L'eau qu'à mis Snyder dans son vin n'enlève évidemment rien à son sens de l'esthétique ni au côté jubilatoire des séquences folles furieuses qu'il met en scène, rassurez-vous ! Le réalisateur n'est d'ailleurs pas le seul à s'être assagi puisque même du côté du script, David S. Goyer et Christopher Nolan ont mis la pédale douce sur leur lubies fétiches, sans doute conscients qu'on ne traite évidemment pas Superman de la même manière que Batman. Le film n'est donc pas aussi sombre et torturé que la trilogie du Dark Knight mais juste assez mature et épique pour faire de Superman un héros charismatique et absolument pas lisse du tout.

Pour ce qui est du casting, Man of Steel s'inspire de Batman Begins qui s'inspirait déjà de... Superman ! En gros, excepté pour le rôle principal tenu par un Henry Cavill dont on vient de chanter les louanges mais dont la notoriété n'était pas encore très grande, Snyder et Nolan ont voulu que la plupart des rôles marquants du film soient tenus par des acteurs confirmés (et de talent) bien connus du public. C'est la raison pour laquelle on retrouve des pointures comme Kevin Costner, Russell Crowe, Diane Lane, Michael Shannon, Laurence Fishburne, Amy Adams et Christopher Meloni (surtout connu pour son rôle dans la série New-York, unité spéciale) pour composer une distribution en or massif. Si l'on a déjà évoqué les trois premiers interprètes plus haut, il est indispensable de saluer la performance de Michael Shannon qui compose un formidable général Zod confirmant ce célèbre adage d'Hitchcock : "Plus le méchant est réussi, plus le film le sera." Jamais caricatural, intelligent, impitoyable et au final presque émouvant lorsque l'on connait ses motivations, le Zod version Michael Shannon surpasse celui interprété jadis par Terence Stamp et représente ce que ce jeune Superman encore en quête d'identité pourrait devenir s'il choisissait de privilégier son monde natal à sa terre d'adoption. Comme Ra's al Ghul dans Batman Begins, Zod se révèle donc être un adversaire plus approprié que Lex Luthor (qui a le droit à une référence fugace dans le film) pour le premier long-métrage de cette nouvelle franchise consacré à l'homme d'acier.  Par contre, le spectateur exigeant (c'est-à-dire toi derrière ton écran !) pestera sans doute un chouïa contre le traitement infligé à Lois Lane. Si la très belle et très talentueuse Amy Adams l'incarne à merveille, on peut quand même regretter qu'elle finisse par endosser dans le dernier tiers du film le rôle de la cruche de service énamourée à laquelle le héros doit toujours porter secours, alors que dans les deux premiers tiers du long-métrage, le personnage brillait au contraire par son indépendance, sa témérité, sa finesse et son côté obstiné. Malgré cela, la Lois Lane cuvée 2013 forme un très beau couple à l'écran avec Superman et éclipse sans peine ses prédécesseuses Kate Bosworth (trop fade) et Margot Kidder (trop hystérique). Pour ce qui est de Laurence Fishburne et Christopher Meloni, le premier compose un Perry White (le rédacteur en chef du célèbre Daily Planet) moderne et couillu qu'on a vraiment envie de revoir dans les prochains épisodes, et le deuxième se révèle très marquant dans le rôle d'un haut gradé de l'armée qui enlèvera le balai coincé dans l'un de ses orifices pour faire preuve d'une bravoure très touchante. Enfin, impossible de ne pas citer la belle Antje Traue, alias la redoutable Faora (le bras-droit de Zod), qui crève l'écran !

Un rapide point musical pour terminer : même si elle a parfois tendance à trop s'effacer lorsqu'elle est recouverte par le fracas des batailles, la partition de Hans Zimmer est vraiment réussie ! Conscient qu'il ne pourrait jamais concurrencer l'immensément célèbre thème composé par John Williams pour le Superman de 1978 qui restera associé au personnage pour l'éternité, le compositeur fétiche de Christopher Nolan a choisi de ne pas jouer sur le même terrain que son aîné et a préféré faire dans la sobriété. Le résultat, c'est un thème certes moins pompeux, moins clinquant et qui n'évoque pas forcément tout de suite Superman mais un thème tout de même épique et moderne, à l'image de toute la bande-originale qu'il a composée, et à l'image du long-métrage lui-même.

Pari réussi pour Zack Snyder, Christopher Nolan et la Warner. Man of Steel offre aux fans de Superman et aux cinéphiles du monde entier un show de plus de deux heures dont les séquences les plus spectaculaires surpassent le final pourtant épique d'Avengers et une aventure riche en émotions qui permet à son héros de se parer d'une profondeur qu'il n'avait encore jamais eue jusqu'à présent sur grand écran. Superman a enfin réussi son come-back, il était temps !

 

Verdict : 17/20

 

< Man of Steel. Un film de Zack Snyder avec Henry Cavill, Michael Shannon, Amy Adams, Russell Crowe, Kevin Costner, Diane Lane, Laurence Fishburne, Antje Traue, Ayelet Zurer et Christopher Meloni. Sortie française : le 19 juin 2013.

 

L'anecdote inutile donc indispensable : Puisque Batman reste et restera malgré tout beaucoup plus classe que son pote Superman, Man of Steel lui a offert un petit clin d'oeil. Mais celui-ci est tellement fugace qu'il est justement recommandé de ne pas cligner des yeux de toute la séance afin d'être bien certain de ne pas le rater !