L'Expérience interdite

 

Joel Schumacher restera à jamais dans les mémoires comme l'homme qui a tué Batman au cinéma en lui infligeant d'abord le très moyen Batman Forever puis en lui portant le coup de grâce avec le lamentable Batman & Robin. Mais la carrière du bonhomme ne se résume pas à ce seul et sombre fait d'arme. En effet, Joel Schumacher est un réalisateur très prolifique qui a su s'intéresser à des genres très variés (comédie horrifique, thriller judiciaire, comédie musicale, etc) avec plus (Génération perdue, Le Droit de Tuer ?, Phone Game) ou moins (Le Nombre 23, Effraction, Batman & Robin) de réussite. Heureusement pour nous, le film que je vais vous présenter d'ici quelques lignes se situe dans le haut du panier de cette filmographie : L'Expérience interdite.

 

Quatre garçons (et une fille) pleins d'avenir

 

Le premier argument qui plaide en faveur de L'Expérience interdite, tourné en 1990, c'est son casting. A la manière des deux volets de Young Guns sortis à la même époque (et dans lesquels jouait déjà Kiefer Sutherland), le film réunit une bonne partie de la crème des jeunes talents de l'époque. Jugez plutôt : Julia Roberts, quelques mois après son explosion dans Pretty Woman, Kevin Bacon, William Baldwin pour son premier rôle au cinéma (après ça, il n'aura plus que Backdraft pour briller avant d'enchaîner les séries B moisies), Oliver Platt (vu récemment dans X-Men : Le Commencement) et bien évidemment Kiefer Sutherland, à l'époque en couple avec la future interprète d'Erin Brockovich.

Celui qui n'était pas encore Jack Bauer tient d'ailleurs le rôle le plus important, celui de Nelson Wright, jeune étudiant en médecine qui tente de découvrir ce qu'il pourrait y avoir après la mort, s'il existe vraiment un au-delà (autre que celui de Clint Eastwood). Guidé par sa soif de savoir quasiment sans limites, Nelson va convaincre ses amis de l'aider à pratiquer une très périlleuse expérience (d'où le titre, hé oui !) : subir un arrêt cardiaque de 90 secondes avant d'être ramené à la vie à coup d'électrochocs par ses partenaires. Cette quête menée avec des gros sabots hollywoodiens, mais néanmoins toujours divertissante et passionnante, va les entraîner (et nous avec) dans une aventure qui les verra se mesurer à des forces face auxquelles ils seront totalement dépassés.

 

Qui c'est qu'on appelle ?

 

Les forces en question sont essentiellement des éléments du passé des personnages que ceux-ci ont tenté d'oublier ou de nier, mais qui vont être ravivés par leurs voyages aux frontières de l'au-delà et qui vont littéralement revenir hanter les protagonistes dans leur quotidien, obligeant chacun d'eux à faire face à sa culpabilité, ses remords, ses vices ou ses angoisses. Si elles s'avèrent parfois un poil trop attendues, ces séquences sont néanmoins toujours riches en émotions et ne tombent jamais ni dans l'excès de guimauve et le pathos écoeurant ni dans la frousse de pacotille ; Joel Schumacher étant plutôt doué pour affoler le trouillomètre des spectateurs à sa guise sans jamais recourir aux "jump scare" et autres artifices grossiers qui ont depuis longtemps envahi les films d'épouvante modernes.

Cerise sur le gâteau, les acteurs se montrent plus qu'à la hauteur et nous livrent pour la plupart des performances solides voire bluffantes en ce qui concerne Julia Roberts et Kiefer Sutherland. La première cache à merveille ses failles derrière une carapace trop fragile pour résister aux assauts de ses souvenirs et se montre bouleversante comme elle l'a trop peu été depuis. Le second traverse le film avec une classe folle et une arrogance jubilatoire qui s'effriteront peu à peu à mesure que les fantômes de son passé viendront le torturer et l'obliger à chercher l'absolution dans le dernier acte épique du long-métrage.

 

Un univers flashy

 

Le film impressionne aussi visuellement. Les rares mais efficaces effets spéciaux n'ont pas pris une ride, les jeux de lumières sont un régal pour les yeux en plus de coller parfaitement à l'ambiance voulue et la caméra bouge de manière classieuse au diapason d'un film respirant et vantant une cool-attitude très sympa bien qu'un peu exagérée par moments... Au point de donner l'impression que certaines images semblent tout droit issues d'un clip de l'époque ou du Batman Forever que Schumacher réalisera cinq après.

Si le réalisme en prend parfois un coup (on se demande par exemple comment des étudiants en médecine peuvent se payer des appartements aussi classes), on s'en contrefiche plutôt pas mal tant le résultat à l'écran en jette (les décors sont à tomber) et contribue à inscrire encore plus le film dans le registre du fantastique. Toujours concernant l'ambiance, on peut évoquer rapidement la musique de James Newton Howard (le compositeur fétiche de M. Night Shyamalan) qui sans en faire des caisses joue parfaitement son rôle et participe à l'immersion du spectateur en soulignant efficacement l'émotion de certaines séquences.

 

Même si ses rebondissements sont un peu trop prévisibles et sa direction artistique parfois trop clinquante, L'Expérience interdite est un film d'excellente facture, tantôt émouvant tantôt angoissant, porté par un duo d'acteurs au top, une histoire passionnante, une réalisation efficace et des effets visuels superbes. A l'heure où Hollywood songe sérieusement à en faire un remake, vous feriez bien de le (re)voir pour en prendre plein les mirettes avant qu'il ne se fasse massacrer à son tour, comme tant d'autres petits et grands classiques avant lui.

 

 

< L'Expérience interdite (Titre original : Flatliners). Un film de Joel Schumacher avec Kiefer Sutherland, Julia Roberts, Kevin Bacon, William Baldwin et Oliver Platt. Sortie française : le 9 janvier 1991.

 

L'anecdote inutile donc indispensable : Kiefer Sutherland est l'acteur fétiche du réalisateur Joel Schumacher. Ils ont collaboré ensemble sur cinq long-métrages : Génération perdue, L'Expérience interdite, Le Droit de tuer ?, Phone Game et Twelve.