Le Hobbit - La Désolation de Smaug

 

Dans un trou perdu de Normandie, vivait un Hobbit... Bon, ce n'était pas vraiment un Hobbit mais il était petit et avait les pieds poilus. L'an dernier, le premier volet de la nouvelle trilogie de Peter Jackson ne l'avait pas fait se ruer dans les salles et il avait calmement attendu la sortie du film en blu-ray pour en profiter paisiblement dans le confort de sa chaumière. Cette année, tout était différent. La Désolation de Smaug le tentait, l'appelait, l'attirait... Et après avoir passé près d'une semaine à esquiver tant bien que mal les spoils disséminés sur son chemin par ses amis, notre jeune héros partit finalement à la rencontre du film évènement de cette fin d'année. A l'issue de cette séance de 2h30, il ne serait plus jamais le même.

 

Devant votre écran, vous êtes sans doute en train de vous demander quel est l'intérêt de publier un avis sur La Désolation de Smaug alors que le film est déjà sorti depuis une semaine. Il n'y en a évidemment aucun sauf peut-être, comme tous les critiques amateurs qui pullulent sur le net, celui de satisfaire mon ego en m'imaginant que mon avis sera lu et pris en compte par des milliers de lecteurs. En fait, je voulais surtout rédiger cette critique pour partager avec vous mon enthousiasme à propos de ce film qui m'a aidé à me remettre d'une série de longs-métrages si calamiteux que je n'ai même pas pris la peine de vous en parler (Au bonheur des ogres, Thor : Le Monde des ténèbres, Hunger Games : L'Embrasement) ou qui se sont révélés finalement beaucoup moins funs qu'ils en avaient l'air (Evasion, Snowpiercer - Le Transperceneige, Lovelace). Et je voulais également profiter de ces quelques paragraphes pour vous dire à tous combien Peter Jackson m'avait rassuré !

J'ai aimé Le Hobbit : Un voyage inattendu ; même si le voyage n'était pas si inattendu que ça ! (Oui je sais, elle était facile !) On y retrouvait avec plaisir certains personnages qu'on avait quittés quelques années avant et c'est avec beaucoup d'excitation qu'on en découvrait d'autres. Les paysages étaient magnifiques, les effets spéciaux solides et le film contenait son lot de scènes épiques. Mais le bilan n'était pas rose pour autant : les nouveaux personnages n'étaient pas forcément aussi développés et/ou charismatiques qu'on l'aurait souhaité, certains CGI (effets numériques) étaient d'une laideur atroce et paraissaient plus datés que ceux de La Communauté de l'anneau, et entre deux séquences un peu mouvementées on devait quand même se contenter de regarder notre bande de joyeux héros manger, boire et dormir pendant une sacrée portion du film. Et surtout, on avait l'impression que notre bon Peter Jackson se la jouait flemmard, filmant tout ça en mode pilote automatique et qu'il se sentait trop à l'aise dans ses pantoufles d'ambassadeur de la Terre du Milieu pour oser prendre le moindre risque. Le bonhomme avait donc des comptes à nous rendre et La Désolation de Smaug se devait d'être le rencard qui scellerait la réconciliation de Peter Jackson avec son public le plus exigeant. 

Plus enlevé, le rythme de La Désolation de Smaug est clairement mieux géré que celui d'Un voyage inattendu. Certes, on échappe pas à quelques lenteurs et dire que l'on ne sent pas passer les 161 minutes du film serait un mensonge. Il est clair que deux ou trois coupes supplémentaires n'auraient pas fait de mal, notamment du côté d'Esgaroth, et que le réalisateur aime toujours trop prendre son temps. Mais le fait est qu'on ne s'ennuie que très rarement, en partie grâce à une bonne poignée de séquences de haute volée qui, en plus d'en mettre plein les yeux à l'assemblée, rassurent quant à la capacité de Peter Jackson à pouvoir encore mettre en boîte des séquences inventives, épiques et haletantes. Qu'ils dévalent des rapides dans des tonneaux avec des dizaines d'Orques à leurs trousses (le moment le plus jubilatoire du film) ou qu'ils jouent une partie de cache-cache mortelle avec le dragon le plus impressionnant jamais vu sur grand écran, Bilbon et ses compagnons nains chôment beaucoup moins que dans le premier volet !

Les Nains, justement, sont à ranger eux aussi dans les éléments qui se sont améliorés depuis l'an dernier. Sympathiques mais réduits la plupart du temps à des silhouettes sans âme destinés à faire marrer la galerie en dévorant un garde-manger, en rotant à table, ou en tombant cul par-dessus tête à la moindre occasion, les compagnons de Thorin n'étaient pas du tout développés et restaient sans cesse dans l'ombre de leur chef, de Bilbon et de Gandalf, plus souvent mis en avant et bien plus approfondis. La Désolation de Smaug répare en grande partie cette injustice et si tous les Nains ne crèvent pas autant l'écran que Kili (qui a le droit à un arc narratif très touchant) et Bofur (il est humainement impossible de se lasser de James Nesbitt), on a enfin le sentiment de voir évoluer 15 frères d'armes (en comptant Bilbon et Gandalf) ayant chacun leur personnalité propre et leur rôle à jouer dans l'aventure. Mais la grosse bonne surprise du film, le personnage qui roxe le plus dans ce deuxième volet c'est... Tauriel ! Personnage inventé de toutes pièces par Peter Jackson, cet elfe canon qui ne fait pas ses 600 ans avait suscité la méfiance des fans de l'univers de Tolkien avant la sortie du long-métrage. Ils peuvent se rassurer et dormir sur leurs deux oreilles pointues, Tauriel est tout simplement géniale : belle, téméraire, rebelle et aussi douée avec son arc que son camarade poseur Legolas (un retour dont on se serait bien passé !), elle permet à l'actrice Evangeline Lilly d'éclipser tous ses camarades de jeu, aussi bons soient-ils.

Loin d'être exempt de tout défaut, ce deuxième volet de la saga du Hobbit est néanmoins largement supérieur à son prédecesseur. Proposant un récit au rythme encore un peu inégal,  La Désolation de Smaug offre des moments de cinéma absolument époustouflants et une galerie de personnages dominée par l'elfe la plus cool de tous les temps et un dragon qui n'usurpe pas son statut d'attraction principale du film. On pourra toujours continuer à pester que l'adaptation de l'oeuvre originale en trois films n'est toujours pas justifiée (et justifiable) et que le climax de cet épisode est frustrant au possible mais force est de reconnaître que La Désolation de Smaug est une franche réussite !

 

 

Note globale : 16/20

 

 

< Le Hobbit : La Désolation de Smaug (Titre original : The Hobbit : The Desolation of Smaug). Un film de Peter Jackson avec Martin Freeman, Ian McKellen, Richard Armitage, Evangeline Lilly, Orlando Bloom, Aidan Turner, James Nesbitt et Benedict Cumberbatch. Sortie française : le 11 décembre 2013.

 

 

L'anecdote inutile donc indispensable : Ouvrez bien les yeux dès les toutes premières secondes du film pour apercevoir Peter Jackson faire un caméo quasi-identique à celui qu'il nous offrait déjà dans La Communauté de l'anneau. Si vous ne voulez pas le ratez, n'arrivez pas en retard !