Pompéi

Hollywood est un endroit tellement magique qu'on peut y trouver non pas un, ni trois, mais deux Paul Anderson ! Il y a Paul Thomas Anderson (PTA pour les intimes), qui nous offre régulièrement des oeuvres aussi classes que Magnolia ou Boogie Nights, et Paul W.S. Anderson, à qui l'on doit Soldier (merci ?), Alien vs Predator (oh c'est trop, voyons !) et bien évidemment la saga des Resident Evil (non, vraiment, fallait pas !). Pour votre plus grand malheur, mais pour le plaisir de quelques personnes aux goûts très effrayants que j'éviterai de trop pointer du doigt dans cette critique, c'est surtout du second dont je vais vous parler. Cependant, j'éviterai quand même de me lancer dans un procès à charge contre le réalisateur, pas seulement parce que ça a déjà été fait mille fois par des personnes bien plus talentueuses que moi, mais parce que j'ai quand même pris beaucoup de plaisir devant son Event Horizon et son remake de Death Race et parce que Mortal Kombat fait partie des plaisirs coupables que j'aime m'enfiler tard le soir en cachette. Cette année, le brave Paulo se lance courageusement dans le péplum et nous offre sa vision d'un des événements les plus marquants de l'Antiquité. Pompéi, film catastrophe dans tous les sens du terme ? 

Je présume que vous faites partie de ces gens qui préfèrent toujours qu'on leur annonce la mauvaise nouvelle avant la bonne. Je vais donc tâcher de vous satisfaire pleinement en partant d'entrée à l'abordage des défauts du film. Le premier est de taille : le script. Si vous êtes un tant soit peu normalement constitué, quand on vous dit que que Paul W.S. Anderson est aux manettes d'un film à gros budget sur la catastrophe de Pompéi, vous imaginez tout de suite des tonnes de magma ultra-bouillant s'écoulant sur des milliers de citoyens en toge complétement affolés, des grosses explosions, des ralentis, des scènes d'action improbables, et vous avez raison car tout ceci est bien dans le film. Enfin, tout ceci est bien dans le dernier quart du film. Car avant ça, on doit supporter près de 80 minutes d'une histoire pseudo-romantique bourrée de guimauve et de niaiserie entre un beau gladiateur qui n'a connu que la misère et l'esclavage et une belle jeune fille de bonne famille lassée du train de vie que son statut lui impose. Ca vous rappelle quelque chose ? Mais oui ! C'est comme dans Titanic !!! Tout le film ou presque est calqué sur le déroulement de celui de James Cameron. Il y a même le fiancé jaloux, sauf qu'ici Kiefer Sutherland est quand même mille fois plus badass que Billy Zane. On ne criera pas trop au scandale, tant le papa d'Avatar n'a plus brillé par son originalité depuis un bail, mais lorsque Paul W.S. Anderson se met également à plagier Conan le barbare, là ça devient beaucoup plus grave. La séquence d'intro est une version bien moins épique et beaucoup moins sanglante de celle du chef-d'oeuvre de John Milius et le parcours du héros est similaire à celui jadis d'Arnold Schwarzenegger, sauf qu'ici l'enfant esclave chétif devient directement un gladiateur méga burné en quête de vengeance sans qu'on nous explique ni le comment ni le pourquoi de cette transformation. Heureusement, le film fait preuve d'un peu d'originalité lorsqu'il nous montre notre ami gladiateur devenir le héros des foules et défier ouvertement l'empire romain pour assouvir sa soif de vengeance envers un haut gradé de l'armée qui a assassiné sa famille... Quoi ? Gladiator ? Connais pas !

Oui, le scénario de Pompéi est en majeure partie un assemblage grossier de plusieurs scripts de grands succès hollywoodiens mais ce n'est pas le premier ni le dernier à oser cela et le manque d'originalité n'a jamais empêché un film d'être efficace... Sauf que là, on assiste à un spectacle très souvent mou du genou, sans âme et mené par un casting vraiment pas enthousiasmant. Excellent en Jon Snow dans la série Game of Thrones, Kit Harington confirme ici qu'un bon second rôle dans un show télé à succès ne fait pas forcément une tête d'affiche efficace et crédible dans un blockbuster hollywoodien. Apparemment animé du même désir que lorsqu'il filme sa compagne Milla Jovovich, le réalisateur essaie de jouer la carte du sex-appeal et fait se balader son acteur principal torse nu, en sueur, biceps, pectoraux et abdos saillants pendant la grande majorité du film. Si le procédé lui permettra sans doute de se mettre dans la poche des tas de donzelles prêtes à s'évanouir à la moindre apparition d'un carré de peau du comédien, la grande majorité des spectateurs retiendra surtout qu'il est ici d'une fadeur effroyable et qu'il lui faudra bien plus de charisme que ça pour espérer convaincre dans les prochaines productions auxquelles il ne manquera pas de participer. Autre gâchis : Emily Browning. L'inoubliable Babydoll de Sucker Punch est ici coincée dans un rôle convenu au possible qui l'empêche une nouvelle fois de faire étalage de son talent. Elle ne peut même pas jouer de sa stupéfiante beauté qui n'est mise en valeur qu'à la toute fin du film (je ne parle que de son visage, on ne voit pas le reste, désolé messieurs !) après avoir été entravée par des coupes de cheveux et des ornements ridicules. Seul membre du casting à tirer son épingle du jeu, Kiefer Sutherland nous livre ici une performance tout bonnement jubilatoire. Allant à l'encontre des enseignements de toute bonne formation d'acteurs qui se respecte, notre bon vieux Jack Bauer cabotine à mort et offre aux spectateurs un bad guy aussi caricatural que rafraichissant. Assurément l'un des gros points positifs du film.

Hé oui, malgré les apparences, il y a quand même de bonnes choses à retenir de cette escapade dans Pompéi. Les scènes de combats, sans être d'une folle virtuosité, sont plutôt musclées et s'avèrent vraiment plaisantes malgré une absence presque totale d'hémoglobine (il ne faudrait pas se priver de l'argent des plus jeunes spectateurs). Visuellement, le film flatte la rétine et grâce à la beauté des décors ainsi que la classe des costumes (mention spéciale à la garde robe de Kiefer Sutherland), le budget du film se voit à l'écran. Mais le plat de résistance, le gros pic de satisfaction du long-métrage, c'est le moment qu'on attend pendant plus d'une heure : l'éruption du Vésuve. A partir de cet instant, Paul W.S. Anderson se transforme en Michael Bay et en donne pour leur argent à ses spectateurs. Des explosions, des tremblements de terre, un tsunami... Ca pète de partout ! Les effets spéciaux, numériques pour la plupart, sont bien foutus (le volcan, en particulier, est franchement superbe !), il y a des dizaines de morts à chaque plan, de la tension, un rythme très soutenu et on se sent vraiment happé par le spectacle proposé à l'écran. Même la fin du film, bien qu'un brin caricaturale, se permet quelques audaces et conclue sur une très bonne note cette dernière demi-heure salvatrice.

En résumé, Pompéi est un film qui aurait pu être volcanique mais qui au final laisse plutôt un petit goût de cendres dans la bouche à cause de ses trop nombreux défauts. Soufflant le chaud et le froid, le long-métrage offre quand même un divertissement décent grâce au savoir-faire de son réalisateur qui emballe quelques séquences d'action bien enlevées et nous offre une dernière demi-heure du feu de Dieu.

 

Verdict : 12/20

 

< Pompéi (Titre original : Pompeii). Un film de Paul W. S. Anderson avec Kit Harington, Emily Browning, Adewale Akinnuoye-Agbaje, Carrie-Ann Moss, Jarred Harris et Kiefer Sutherland. Sortie française : le 19 février 2014.