300

 

Comme beaucoup d'entre vous, si j'en crois les chiffres, je ne suis absolument pas fan de la 3D au cinéma. A part Gravity qui m'a fait ravaler mes lunettes tant le sentiment d'immersion était vraiment phénoménal, et la célèbre pub Haribo pendant laquelle on a tous déjà essayé d'attraper un bonbon coloré au vol, je n'ai vécu que des expériences désastreuses avec ce procédé ; la pire étant sans conteste cette bataille nocturne sur la planète de glace dans Thor, totalement illisible tant la luminosité de l'image était faible à cause de la 3D. Vous comprendrez donc aisément ma déception lorsque j'ai appris que le multiplexe de la morne campagne dans laquelle j'ai la chance de vivre ne diffuserait la suite de 300 qu'en 3D uniquement ! 

Proposant des petits effets sympathiques (le titre qui ressort bien de l'écran, la sciure de bois du travail d'un menuisier qui semble flotter dans la salle, une flèche mortelle projetée à toute vitesse...), la 3D se révèle quand même assez décevante pendant la majorité du film. Sacrifiant la lisibilité des énormes batailles nocturnes au profit de ces quelques tours de passe-passe relevant plus du gadget que de la vraie plus-value, le procédé dessert le film et nous empêche de profiter pleinement du très bon travail des artistes qui semblent s'être vraiment donnés la peine de nous faire profiter d'un maximum de superbes détails à l'écran (des navires par centaines, l'architecture des villes et palais, les milliers d'hommes s'affrontant sur le champ de bataille, etc). Bref, 300 : La Naissance d'un Empire est un film à voir impérativement en 2D ! Même si je dois confesser que la vision en relief de la divine poitrine de notre Eva Green nationale m'a littéralement scotché ! Mais la sublime Française n'est pas qu'une paire de seins, c'est aussi une fantastique actrice et elle le prouve encore une fois de la plus belle des manières.

Après avoir éclipsé tous ses partenaires dans le bancal Dark Shadows, que ses pas si frêles épaules sauvaient du naufrage, Eva Green remet le couvert ici et irradie chacun des plans du long-métrage de sa beauté, de son talent et de son charisme de dingue. Son interprétation de l'impitoyable reine Artèmise Ière, personnage cruel, sadique, dévoré par l'ambition mais fin stratège et plombé par un trauma qui la pousse légitimement à exercer sa fureur sur la Grèce entière, est véritablement le plus grand motif de satisfaction du film et vaut à elle seule l'achat du billet ! Le reste du casting, déjà pas forcément très glorieux à la base, est totalement écrasé par la furieuse comédienne. Thémistocle, censé être le héros du film (ou du moins le héros des événements historiques plus ou moins bien narrés par celui-ci), est incarné par un acteur inconnu, sans saveur et surtout sans charisme, dont la fadeur incontestable nous fait dire qu'il aurait pu être remplacé par n'importe quel autre monsieur muscles lambda. Qu'il est loin le temps de Gerard Butler et de Michael Fassbender ! Enfin, parmi les quelques personnages de l'opus précédent qui font leur retour, Xerxès et la reine Gorgô décoivent. Le premier, utilisé au compte-gouttes à l'époque, perd ici de sa superbe à force de squatter l'écran et perd surtout la part de mystère qui l'entourait quand les origines (ridicules) de sa transformation nous sont dévoilées de A à Z. Quant à la seconde, toujours interprétée par cette chère Cersei Lannister, elle laisse les intrigues politiques et son rôle de femme de l'ombre pour prendre littéralement les armes contre l'ennemi... Une transformation qui laisse vraiment dubitatif !

L'évolution du personnage de la reine de Sparte est symptomatique de la direction prise par cette suite (qui se déroule aussi avant et pendant la bataille des Thermopyles) : de l'action, encore de l'action, toujours plus d'action ! Cette surenchère est dans un premier temps bénéfique pour le film, qui démarre sur un rythme infernal à l'inverse de son prédécesseur qui prenait son temps avant de lâcher la sauce, et pour le spectateur, plongé d'entrée dans le bain (boueux et sanglant) de la furieuse bataille de Marathon. Mais à force de voir mille affrontements qui se ressemblent presque tous comme deux gouttes d'eau, on finit par se lasser, s'ennuyer un peu et regretter que Zack Snyder ne soit pas derrière la caméra pour apporter un souffle épique et un côté bad ass à tout ça ! Pour autant, le quasi-débutant Noam Murro fait le job (en abusant même un peu moins des ralentis si chers au réal' de Watchmen) et arrive à nous mener jusqu'à une bataille finale très pêchue... Dont on ne verra pas le terme, le film s'arrêtant en pleine action (à la manière du deuxième volet de la saga Hunger Games), coupant la chique au spectateur légitemement un peu frustré de devoir repasser à la caisse pour une suite qui ne manquera pas de débarquer en salles dans une paire d'années.

Au final, il manque de la virtuosité, un souffle épique, un réalisateur audacieux et un héros charismatique à cette suite pour égaler son prédécesseur. Malgré tout, 300 : La Naissance d'un Empire s'avère être un divertissement très efficace et très nerveux, rempli de morceaux de bravoures bien sanglants et porté par une Eva Green au top ! 

 

Verdict : 14/20

 

< 300 : La Naissance d'un Empire (titre original : 300 : Rise of an Empire). Un film de Noam Murro avec Sullivan Stapleton, Eva Green, Rodrigo Santoro et Lena Headey. Sortie française : le 5 mars 2014.