Dawn-of-the-Planet-of-the-Apes

Il y a tout juste quatre ans, Rupert Wyatt mystifiait le monde entier en nous livrant La Planètes des singes : Les Origines. A la fois prequel et reboot de la célèbre saga cinématographique inspirée du roman de Pierre Boulle, ce film puissant, émouvant et épique que presque personne n'attendait s'est immédiatement attiré les faveurs du public, impatient de découvrir une suite dont les prémices étaient annoncés dans le générique de fin. Parti voguer vers d'autres projets, Wyatt a laissé sa place à Matt Reeves, réalisateur de Cloverfield, qui a donc eu la lourde charge de mettre en boîte cet Affrontement, attendu de pied ferme par un public désireux de retrouver les mêmes standards de qualité. Mission accomplie ?

Dix ans se sont écoulés depuis les Origines et dans Francisco et sa région, deux camps se font face. Il y a bien évidemment les singes, qui squattent en nombre les forêts environnantes, et qui sont menés par un César (toujours incarné par l'impeccable Andy Serkis) encore plus évolué qu'auparavant et devenu le leader (presque) incontesté de sa gigantesque tribu de poilus. Et il y a les humains, du moins les rares chanceux qui ont survécu à la grippe simienne annoncée dans le film précédent, guidés par Dreyfus (Gary Oldman, sous-exploité), qui squattent les ruines de la ville et tentent de reconstruire péniblement un semblant de civilisation. Les singes se méfient de ces humains qui menacent d'empiéter leur territoire et qui troublent l'harmonie du clan. Les humains ont peur de ces animaux bien trop évolués à leur goût et qui se dressent entre eux et un barrage hydrolique qui leur rendrait enfin l'électricté de façon permanente. L'Affrontement est inévitable... Mais il est malheureusement loin d'être imminent.

Soyons honnêtes, lorsque l'on pénètre dans la salle et qu'on s'installe confortablement sur son siège, on attend qu'une seule chose : voir des singes et des humains se foutre sur la gueule ! Après tout, si ça n'arrive pas dans un film titré La Planète des singes : L'AFFRONTEMENT, ça n'arrivera jamais ! Cette bataille rangée entre macaques et homo sapiens a bien lieu, rassurez-vous, et si vous avez vu la bande-annonce, vous n'avez même pas de quoi vous inquiéter. Le problème c'est qu'avant que le conflit n'éclate pour de bon, il faut attendre une bonne heure au moins, soit juste le temps qu'il faut pour que Reeves et ses scénaristes nous montrent ce qu'on pourrait appeler "la marche à la guerre". En gros, César et un petit groupe d'humains menés par un Jason Clarke qui a laissé son charisme aux toilettes (ça promet pour Terminator : Genisys !), vont tenter tout ce qu'ils peuvent pour calmer leur camp respectif et désamorcer les nombreuses situations explosives qui menacent une cohabitation pacifique qu'ils croient encore possible. 

Loin d'être inintéressante, bien au contraire, mais carrément en deçà de ce que nous offrait La Planète des singes : Les Origines, cette grosse portion du film met surtout en valeur l'un des rares défauts du film : les survivants humains sont chiants comme la pluie ! Surtout définis par leurs traumas (perte d'êtres chers) et leurs besoins matériels (besoin d'électricté, désir de reconstruire la civilisation), et divisés entre belliqueux et pacifistes, ils sont pensés comme le parfait reflet du camp opposé... Sauf que le miroir est bien plus passionnant du côté singe ! Un côté où la relation père-fils entre César et son aîné Yeux bleus poutre largement celle liant Jason Clarke à son ado renfermé, et où le super bad ass Koba fait de l'ombre à n'importe quel survivant fou de la gâchette. Heureusement, cette petite tare est compensée par une absence salvatrice de manichéisme qui évite l'écueil de faire balancer le coeur des spectateurs pour les "gentils" singes contre les "méchants" humains (ou inversement) en plaçant des bonnes âmes et des enfoirés des deux côtés de la barrière ; une nuance qui rend la bataille finale encore plus passionnante.

Cette bataille, il est préférable d'en dévoiler le moins possible afin de garder intact le plaisir des cinéphiles qui ne l'ont pas encore découverte. Tout juste pourra-t-on dire qu'elle vaut son pesant de cacahuètes et qu'on a jamais vu ça sur grand écran. Filmée sans complaisance et portée efficacement par la musique de Michael Giacchino (qui, au passage, contribue à rendre l'ouverture du film encore plus magistrale), cette escarmouche explosive passe sans cesse de l'effroyable à l'épique, de la violence d'un combat aux pertes humaines et simiennes considérables (sans verser dans le gore, vous ne verrez pas de viande de macaque sur les murs après une explosion) au fun que procure la vision d'une horde de singes chevauchant à vive allure avec M-16 à la main. Et quand le tout s'achève par une fin qui nous promet un dernier épisode encore plus porté sur la guerre, on a alors qu'une hâte : voir la suite !

Si La Planète des singes : L'Affrontement n'atteint pas la puissance émotionnelle de son prédécesseur, le film reste tout de même une suite de haute volée et l'un des meilleurs divertissements de l'année ciné 2014. Si l'ensemble est loin d'être parfait, on en sort néanmoins comblé et impatient de découvrir le prochain chapitre de cette franchise de qualité.

 

Verdict : 16,5/20

 

< La Planète des singes : L'Affrontement (Titre original : Dawn of the Planet of the Apes). Un film de Matt Reeves avec Andy Serkis, Jason Clarke, Keri Russell, Toby Kebbell et Gary Oldman. Sortie française : le 30 juillet 2014.

 

Un mot sur la 3D : A moins que vous ne vouliez vraiment saisir la main que ce singe vous tend fugacement dans les dernières minutes du film, la 3D est totalement dispensable !