The November Man

 

Quand un ancien James Bond et une ex-James Bond Girl se rencontrent, qu'est-ce qu'ils se racontent ? Des histoires d'agents secrets, évidemment ! Pierce Brosnan et Olga Kurylenko sont à l'affiche de The November Man, première adaptation cinématographique d'une série de romans mettant en scène un agent secret qui n'est pas au service de sa Majesté mais plutôt à celui de l'oncle Sam.

 

A l'Est, rien de nouveau ?

Dans The November Man, Pierce Brosnan incarne Peter Devereaux, un ancien agent de la CIA qui a choisi de prendre sa retraite après une dernière mission à l'issue tragique. Coulant des jours heureux en Suisse auprès de Johnny Hallyday, Alain Delon, Sébastien Loeb et les trois quarts des tennismen français, Peter est un jour contacté par son ancien boss qui lui demande de reprendre du service une dernière fois. Chargé d'exfiltrer une taupe qui détient des informations susceptibles de sérieusement ébranler l'avenir politique du futur président russe, Peter va se jeter dans un véritable guêpier qui va l'amener à affronter sa propre organisation et un jeune agent intrépide qu'il a lui-même formé.

Est vs. Ouest, agents doubles, belles pépés, tueurs à gages, maître contre élève... Les amateurs de films d'espionnage seront en terrain connu et pourront même, sans trop de difficulté, prévoir quelques-uns des retournements de situations proposés par une histoire somme toute archi-classique mais qui tente de se distinguer par certains des thèmes qu'elle aborde (la traite des femmes en Europe de l'Est, la situation en Tchétchénie, les dessous de la realpolitik) et par le traitement qu'elle inflige à ses personnages, son (anti-) héros en tête.

 

Permis de jouer

Devereaux se situe à mi-chemin entre le personnage campé par Robert De Niro dans le cultissime Heat et le James Bond version Daniel Craig. C'est un professionnel aguerri qui agit selon un code moral que ne suivent pas toujours ses pairs et qui a souvent une longueur d'avance sur ses adversaires. Mais cela ne l'empêche pas de se laisser parfois emporter par ses émotions et de faire preuve d'une certaine impulsivité quand il est poussé à bout. Et quand sa mission se transforme en quête de vengeance, ce véritable as de la gâchette va user de son permis de tuer pour défourailler un max !

Après une décennie post-bondienne compliquée et des rôles rarement à la hauteur de son immense talent (on retiendra néanmoins ses prestations dans Seraphim Falls et le Ghost Writer de Polanski), Pierce Brosnan s'éclate à nouveau au cinéma et semble avoir rajeuni de dix ans. Sa prestation euphorisante est l'attraction principale du film et justifie à elle seule l'achat du ticket. A défaut de le voir enfiler à nouveau le smoking de 007 (rôle pour lequel il pourrait allègrement rempiler vu sa pêche d'enfer), sa performance donne envie de très vite revoir à l'oeuvre l'agent Devereaux, qu'on retrouvera a priori dès 2016 pour de nouvelles aventures.

Le reste du casting peine un peu à sortir de l'ombre écrasante de sa tête d'affiche mais s'en sort tout de même très décemment. De toute façon, le film ne prend le temps de creuser que deux autres personnages : ceux d'Olga Kurylenko et de Luke Bracey. Le premier partage beaucoup de points communs avec celui que l'actrice campait déjà dans Quantum of Solace mais n'arrive malheureusement pas à ressembler à autre chose que la sempiternelle demoiselle canon en détresse. Le second est le classique jeune disciple tiraillé entre son admiration pour son vieux maître renégat qu'il voit comme un père de substitution et les supérieurs hiérarchiques à qui il a juré fidélité. Pas ultra-charismatique, le bonhomme reste néanmoins intéressant à suivre et brille surtout dans les scènes d'action.

 

Un manque d'ambition

L'action, justement, est un des points positifs de ce November Man. Ni trop nombreuses, ni trop rares, les séquences de castagne/fusillade/course-poursuite ont suffisamment de punch pour maintenir le spectateur en haleine mais manquent quand même d'un petit grain de folie qui aurait pu les rendre vraiment grandioses. Comme tout le long-métrage, finalement. On a l'impression que Roger Donaldson, le réalisateur, n'a pas osé (ou voulu) ôter ses bonnes vieilles charentaises d'artisan pépère du cinéma d'action des années 90 pour tenter d'emballer quelques scènes un peu plus dingues et s'est cantonné au cahier des charges, tout de même efficace, inhérent à ce genre de productions.

Le savoir-faire de Donaldson et de ses équipes permet quand même aux séquences d'action d'être très lisibles. Cette remarque a l'air toute bête comme ça mais à l'heure où la grande majorité des bastons et des gunfights sont filmés caméra à l'épaule, à la Paul Greengrass (c'est en tout cas le modèle que la plupart de ces tâcherons essaie vainement d'imiter), cela fait un bien fou de pouvoir suivre correctement une séquence un peu mouvementée sans rater la moitié des trucs qui se passent à l'écran. On en excuserait presque le manque de prise de risques de ces séquences et ce côté "à l'ancienne" contribue finalement à faire de November Man une petite madeleine de Proust bien sympathique.

 

Conclusion

A l'instar des récents (et très bons) Equalizer et Balade entre les tombes, The November Man est un agréable petit film d'action qui fleure bon les années 90, cette époque où les films n'étaient pas encore trop envahis par le second degré et où les héros n'étaient pas obligés de nous lâcher une vanne à la minute pour nous rappeler que tout ça n'est que du cinéma. Vite vu et sans doute vite oublié à cause des quelques défauts qui l'empêchent d'imprégner durablement la rétine et la mémoire, The November Man vous permettra néanmoins de passer une excellente heure et demie en compagnie d'un Pierce Brosnan en très grande forme, qu'on a hâte de retrouver pour la suite !

 

Note globale : 15/20

 

< The November Man. Un film de Roger Donaldson avec Pierce Brosnan, Olga Kurylenko, Luke Bracey, Will Patton et Bill Smitrovitch. Sortie française : le 29 octobre 2014.