Die-Hard

En ces temps troublés où l'industrie agro-alimentaire tente de faire passer de la viande de cheval pour de la viande de boeuf, il est également essentiel de s'arrêter quelques minutes sur un autre scandale d'aussi grande envergure qui frappe le cinéma depuis une paire de semaines. En effet, une bande d'individus peu scrupuleux menée par un chauve à la renommée internationale tente de nous vendre un obscur film d'action tourné en Europe de l'Est, et sans doute destiné au départ au seul marché de la vidéo, en nous faisant croire qu'il s'agit tout bonnement du nouvel épisode de la saga Die Hard.

 

Avant d'évoquer plus en détails le fameux Die Hard : Belle journée pour mourir qui nous intéresse ici, faisons un bref retour en arrière pour parler du bon vieux temps, ma bonne dame ! Il y a quelques années, la saga Die Hard n'était encore qu'une trilogie mais c'était carrément la meilleure trilogie du cinéma d'action et tout simplement l'une des meilleures trilogies de l'histoire du cinéma. Avec Piège de cristal, premier épisode grandiose qui posa en 1988 les bases de ce que sera le film d'action pour toute la décennie suivante, et Une Journée en enfer, qui surpassa son aîné pour offrir une conclusion magistrale aux spectateurs, John McTiernan avait offert au divertissement populaire (terme encore noble à l'époque) un standard de qualité qui n'a plus jamais été atteint depuis. Quant à 58 minutes pour vivre, le deuxième volet réalisé par Renny Harlin (Cliffhanger, Au revoir à jamais), s'il n'est évidemment pas à la hauteur des deux épisodes de référence de la saga, il n'en reste pas moins un excellent film d'action largement plus recommandable et mieux troussé que 99% des productions actuelles se réclamant de la même catégorie.

Tout allait donc très bien dans le meilleur des mondes jusqu'à ce terrible mois de juillet 2007 qui fut le théâtre d'un premier outrage fait à la trilogie par Len Wiseman, jusque-là uniquement connu pour son travail sur la saga Underworld. Live Free or Die Hard, rebaptisé connement Die Hard 4 : Retour en enfer dans nos vertes contrées, imposa à nos yeux innocents la vision ô combien douloureuse d'un John McClane capable de sauter sur un avion de chasse, de propulser une voiture dans un hélicoptère et de sortir des vannes plus que douteuses en tandem avec le jeune acnéique Justin Long dont la performance d'acteur a sans aucun doute provoqué des crises d'urticaire chez beaucoup de nos amis cinéphiles. La mythologie Die Hard en prenait un sacré coup mais, en toute objectivité, si ce film n'était pas un bon Die Hard, il restait néanmoins un film d'action plus que correct... Ce qui est loin d'être le cas de son successeur.

Die Hard : Belle journée pour mourir (A Good Day to Die Hard outre-Atlantique) est pire qu'un ratage monstreux, c'est littéralement un énorme mollard craché au visage de tous les fans de John McClane et un grand bras d'honneur adressé à tous les amateurs de bons films d'action. Le pire, c'est qu'on le sentait venir à des kilomètres ! Avec John Moore, déjà responsable du piteux Max Payne, à la réalisation et Skip Woods, auteur des mémorables scénarii de Hitman et X-men Origins : Wolverine, à l'écriture, tous ceux qui s'intéressent de près ou de loin au Septième art étaient déjà certains que le film serait un désastre et la sortie du film en salles a fait plus que combler leurs attentes. Pour tâcher de vous convaincre de ne pas dépenser vos précieux deniers pour une séance qui pourrait laisser chez vous de graves séquelles, voyons ensemble ce qui cloche dans ce long-métrage.

Tout d'abord, c'est moche. En déplaçant l'action de la saga en Russie et en Ukraine (en fait ça a été tourné en Bulgarie), John Moore s'est senti obligé de s'inspirer des pires DTV de Steven Seagal en nous proposant un décor d'une tristesse et d'une pauvreté sans nom. On pourra quand même noter que la piteuse séquence de poursuite automobile sur les routes de Moscou au début du film met en scène beaucoup de véhicules qui sont fracassés à la chaîne mais elle a sans doute englouti le maigre budget que la Fox a alloué à la production de ce Die Hard 5 puisque la quasi-totalité du reste du film se passe en intérieur, toujours dans des décors indignes d'un épisode d'une telle saga. Et ce n'est pas le final dans la centrale de Tchernobyl qui risque de sauver les meubles puisqu'en plus de n'offrir aucune originalité particulière (encore du gris, encore du béton, youpi !), elle est le théâtre d'incohérences scénaristiques incroyables. Pour tenter de camoufler un peu le côté cheap de l'entreprise, John Moore a adopté le format d'image 1:85, délaissant le Scope du film original de McTiernan, mais c'est encore pire et ce format télévisiuel fait ressembler Die Hard à un 24 Heures Chrono du pauvre.

Ensuite, c'est mou. On ne demande pas à John Moore de faire du Michael Bay et de nous offrir une débauche de pyrotechnie abrutissante non-stop mais là c'est carrément de l'escrocrie ! Retour en enfer, bien qu'indigne de la saga Die Hard, savait au moins faire le spectacle et nous offrir régulièrement des séquences d'action pêchues. Là, à part la course-poursuite inaugurale évoquée plus haut, deux ou trois pauvres fusillades (dont une qui voit McClane se transformer en vulgaire parodie de Rambo) et une paire de chutes du haut d'un immeuble qui se ressemblent trop, les amateurs de sensations fortes peuvent circuler, y'a rien à voir ! Et pour couronner le tout, en plus d'être rares, les scènes d'action sont mal filmées et sont pour John Moore un prétexte pour nous ressortir ses ralentis ultra-datés qu'il nous infligeait déjà dans Max Payne.

Enfin, c'est mal joué. On sait que Bruce Willis n'en a plus rien à foutre du cinéma et qu'à de trop rares exceptions près (Looper, Clones et ses apparitions dans les Expendables) il se contente depuis dix ans de tirer la tronche devant la caméra et d'encaisser son gros chèque. On aurait pu croire qu'il allait se sortir un peu les doigts du c.. pour faire honneur au personnage mythique qui l'a rendu mondialement célèbre mais il faut croire que le gars Bruce a perdu le peu de respect qu'il avait encore pour ses fans. John McClane n'est plus qu'un gros bourrin sans profondeur qui peut faire dix tonneaux en bagnole sans avoir la moindre égratignure et qui nous saoule avec ses punchlines répétitives et pas drôles. Même son célèbre "Yippee ki-yay !" est tout moisi. Le reste du casting est au diapason : Jai Courtney, qui joue le fils de McClane, est aussi charismatique qu'un candidat de Secret Story, le grand méchant du film est totalement nul et on ne peut même pas se consoler en admirant la belle Mary Elizabeth Winstead puisque la jolie fille de McClane n'apparait qu'une poignée de secondes.

Pour résumer, Die Hard : Belle journée pour mourir est surtout une belle journée pour pleurer. Et ne rangez pas trop vite vos mouchoirs puisque qu'un sixième épisode est déjà prévu avec le même duo d'acteurs principaux. Notre bien-aimé John McClane est mort et enterré, tout comme Indiana Jones, Predator et les Aliens avant lui. Remplacé par une caricature de héros indigne des pires téléfilms de la TNT, notre lieutenant préféré n'est plus qu'un lointain souvenir qu'il vaut mieux entretenir en rematant ses meilleures aventures tranquillement calé au chaud à la maison. Fuyez ce film et, pour paraphraser un célèbre journaliste à lunettes, méfiez-vous des contrefaçons !

 

Verdict : 4/20

 


< Die Hard : Belle journée pour mourir (Titre original : A Good Day to Die Hard). Un film de John Moore avec Bruce Willis, Jai Courtney, Sebastien Koch, Cole Hauser, Sergei Kolesnikov et Mary Elizabeth Winstead. Sortie française : le 20 février 2013.